Trouver son « protocole artistique » (même temporaire) #1

on me demande souvent « par où commencer » l’étude et la pratique des arts. impossible de répondre en quelques mots, mais voici quelques pistes…

ici je m’adresse principalement aux personnes ayant déjà une pratique créative (celle-ci peut être graphique ou volume, s’exprimer dans votre jardin ou votre cuisine, peu importe…), qui ressentent parfois quelques frustrations, une petite démangeaison leur soufflant d’aller encore plus loin… les directions vers ce « plus loin » sont nombreuses, mais l’une d’entre elle consiste à intensifier sa pratique créative pour s’inscrire dans une démarche artistique.

précision : « démarche artistique » n’est pas ici synonyme de « professionnelle », ni de « monétisable » mais de démarche consciente : je n’ai pas forcément d’idée précise du résultat final, mais je sais ce que je veux explorer, questionner, même s’il s’agit d’un fil rouge très ténu et que celui-ci évoluera tout au long de ma vie / carrière. j’ai également conscience de m’inscrire dans une longue lignée d’explorateur.e.s par l’art, ce qui pourrait me paralyser, mais qui au contraire, me porte…

à quoi bon identifier son protocole artistique ? pour avancer, mais également se délester du monstre tapis sous le lit : la crainte d’être illégitime. trouver et poser les mots pour définir, au moins dans les grandes lignes, ce que vous faites, comment et pourquoi vous donnera un socle vers lequel revenir en cas de doute.

peu importe à quelle étape vous en êtes dans votre travail de création, il n’est jamais trop tôt pour réfléchir à ce que vous faites. je demande d’ailleurs à tous mes étudiants et à tous mes élèves, même les plus jeunes, de rédiger une « note d’intention » et de donner un titre à chacune de leur production, quitte à l’appeler « Sans titre 23 ».
(ils sont toujours ravis de savoir que moi aussi je me suis pliée à cette exigence en passant mon concours d’enseignante et que je m’y plie encore à chaque exposition).

Trencianske Teplice, Slovaquie, été 2017
ma mission : présenter mon protocole artistique à de jeunes artistes et leur donner des clés pour identifier le leur…

peut-être vous sentez-vous très bien dans une pratique purement intuitive, dénuée de mots-contours de votre travail. dans ce cas, parfait ! mais s’il vous arrive de vous sentir mal à l’aise quand on vous interroge sur « ce que vous faites », je vous conseille de vous penchez sur cette question du protocole, seul.e ou avec un regard extérieur (qui peut être moi !).

avoir des repères en histoire de l’art vous aidera également à trouver vos marques, au sens propre comme au figuré. l’immensité de ce qui a été réalisé avant nous peut s’avérer paralysante, et c’est aussi mon rôle d’enseignante de dégager le terrain, de donner des pistes et des références à investiguer…

mes premiers conseils si vous avancez seul.e…

1. lisez / écoutez des entretiens d’artistes

quels mots posent-ils sur leur pratique ?
notez les en vrac sur une feuille, puis surlignez ce qui vous parle, soulignez ce qui vous tient à distance, rebondissez sur leurs réponses, imaginez les vôtres, répondez à leur interview…
(peu importe si dans 2 heures vous auriez donné une réponse différente…)

datez vos notes, puis revenez sur ce document dans quelques semaines ou quelques mois. qu’est-ce qui a évolué dans votre vision et dans votre approche ? notez-le d’une couleur différente…

2. observez les éléments récurrents dans votre pratique : matériaux, motifs, thèmes, couleurs, gestes…

que déduisez-vous de cette répétition ?

que révèle-t-elle de ce qui vous habite ?
de vos désirs, de vos peurs, de vos questionnements ?

le compagnon de mes cafés matinaux
à chaque retour du printemps…

dès la sortie des premiers narcisses, je ressors ce livre de conversations avec le plus génial des papys peintres, David Hockney.
ses réflexions sur son travail et sa vision très intime de l’histoire des images sont un véritable trésor. ce qui me donne l’occasion d’ajouter un troisième conseil…

3. étudiez les artistes contemporains ayant l’âge d’être vos (arrière) grands-parents…

face au risque de comparaison tétanisante avec tous les jeunes artistes talentueux, bourrés d’énergie et omniprésents sur réseaux sociaux, n’oubliez pas de vous pencher aussi (surtout) sur celleux qui ont consacré toute une longue vie à la création, malgré les obstacle, les doutes, les découverts bancaires, les remarques blessantes…

je ressors de chaque « fréquentation » de l’œuvre et de la carrière de David Hockney rajeunie et des fleurs plein le cœur…

et vous, quels artistes vous nourrissent, vous challengent ou vous interrogent ?
à quoi ressemble votre protocole artistique aujourd’hui ?

je vous souhaite toute l’énergie du printemps pour accompagner vos aventures de création et je suis à l’atelier si vous avez envie d’être accompagné dans votre développement artistique

à bientôt,

Pamela


J’ai réalisé la photographie d’ouverture de cet article au printemps 2019, lors de mon séjour à Lausanne pour le festival pluridisciplinaire La Fête du Slip, qui m’avait invitée comme jurée. J’étais là pour « juger » les films en compétition, mais le festival, qui met les sexualités à l’honneur et encourage aux réflexions sur le genre et sur la place de l’art dans nos vies multiplie les portes d’entrée vers de nouveaux regoards. (Mes notes de jury sont par ici…) L’artiste à l’image, Dean Hutton, A.K.A Goldendean y avait réalisé une performance. A votre avis, quel est son protocole artistique ?

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :