« En corps », de Cédric Klapisch : guérison par le mouvement…

Par moment je désapprends – temporairement – la critique cinéma que je pratique par ailleurs (notamment pour la si belle revue La Septième obsession, où vous trouverez tous les deux mois mes mots & images). Je ne suis pas allée voir En corps en professionnelle de l’analyse filmique. Je m’y suis rendue avec mes courbatures intérieures, convaincue que j’allais y trouver quelques baumes décontractants. Je n’ai pas été déçue.

En corps, c’est l’histoire d’un corps qui vise la perfection. Il héberge aussi un cœur qui, un jour, se blesse : entorse.
Le corps, habitué à tout décider seul, se voit dans l’obligation de revoir les termes de la colocation. Il devient urgent de se réconcilier, de se réaligner, avec tout ce qu’il habite : cœur, esprit, rêves, vulnérabilités, désirs nouveaux…

Par où ça passe, l’équilibre, que l’on soit une ballerine boiteuse, que l’on soit vous ou que l’on soit moi ?

Piste proposée par le film : le ré-apprentissage de la liberté, de la légèreté.

Je suis de celles (que j’imagine nombreux.ses) qui ont redécouvert leur rapport au corps, à l’espace, au mouvement, en passant de la danse classique à la danse contemporaine.
En ne cherchant plus en permanence à s’élever (demi-pointes, pointes, bras tendus vers le ciel…) mais, au contraire, en acceptant de pratiquer l’ancrage sans peur de la boue (jambes pliées, plante des pieds collée au sol, gestes bruyants…).

En pleine représentation de la Bayadère, Élise (Marion Barbeau) s’interroge: pourquoi tous les ballets classiques racontent-ils des destins féminins tragiques ?
Questionnement que je retrouve dans ma lecture du moment,
Mémoire de la danse, autobiographie de Martha Graham (1894-1991), impératrice de la danse contemporaine…
© Emmanuelle Jacobson-Roques

Je suis passée de l’une à l’autre, intensément, de la danse céleste à la danse terrienne, avant de retrouver un point d’équilibre (toujours la même histoire…) à mi-chemin.

Surtout, je me suis souvenue à quel point le corps dénoué, déroulé, déplié, interagissait différemment avec son monde. Plus ouvert, plus confiant, plus fort… Plus léger. Finalement, il n’y a pas à choisir pour toujours entre grâce et liberté…

Légèreté, liberté, incarnation et expression physique des émotions : un nouveau rapport au geste, au mouvement, à l’espace…
© Emmanuelle Jacobson-Roques

Le film est une promenade de retour à la santé entre Paris et la Bretagne, entre la tragique Bayadère et les feux sacrés que sont les chorégraphies contagieuses d’Hofesh Shechter. On navigue sur les pas de Marion Barbeau, première danseuse au ballet de l’opéra de Paris et subjuguant premier rôle du film. Encore toute recroquevillée de douleur et d’inquiétude, elle reçoit un jour ce conseil parfait que j’ai noté de travers dans mon carnet et dans le noir : « put your body on the road ».

Retrouver le mouvement, quitter les bas côtés et reprendre la route…

Bon voyage et à bientôt,

Pamela

Le réalisateur Cédric Klapisch, la danseuse Marion Barbeau et le chorégraphe Hofesh Shechter sur le tournage du film.
© Emmanuelle Jacobson-Roques

Pour aller plus loin…

En corps, de Cédrick Klapish, avec Marion Barbeau, Hofesh Shechter, Mehdi Bahki (formidable danseur également), François Civil (en kiné attentif), Pio Marmaï (en chef cuisinier passionné), Muriel Robin (en mécène amoureuse des artistes) est sorti en salles le 30 mars 2022. (1h58)

La légèreté retrouvée est l’un des fils conducteurs du film, thème qui me ramènetoujours à La légèreté, bouleversante bande dessinée de Catherine Meurisse publiée en 2016 chez Dargaud. Elle y consigne ses tentatives pour revivre (et pas seulement survivre) après l’attentat qui lui aurait coûté la vie comme à tant de ses collègues de Charlie Hebdo, si elle n’était pas exceptionnellement arrivée en retard ce matin du 7 janvier 2015… Le sujet est beaucoup plus grave, mais les « leçons de vie » qui s’y trouvent peuvent s’appliquer à chaque instant.

Mémoire de la danse, autobiographie de Martha Graham (Babel), raconte lui aussi l’histoire d’une prise de pouvoir par la libération du corps. Le texte manque de structure, ce qui peut rendre la lecture lassante sur la durée, mais il s’agit d’un document passionnant pour comprendre l’histoire de la danse contemporaine.

Si la question du mouvement, de tout simplement « oser » vous travaille, mon précédent article sur « Le voyage du Fou » pourrait vous apporter matière à réflexion / action…

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