Le Voyage du Fou, de Gulliver l’Aventurière : fil rouge intemporel…

Il fallait au minimum une aventurière aussi professionnelle que Julie Lapierre, nom de plume : Gulliver, pour se lancer et nous embarquer avec elle dans cette intense épopée qu’est Le Voyage du Fou.

Le Fou : ce personnage de tous les possibles, à la fois point de départ et d’arrivée. Le mouvement incarné, qui se balade de mystères en mystères (d’arcane en arcane), dans le tarot comme dans la vie, suivant une trame d’autant plus initiatique qu’elle est imprévisible.

Le Fou, au bord du précipice, vraiment ? Prêt.e à faire le grand saut en tout cas. Confiant.e ou insouciant.e ?

première lecture du Voyage du Fou, qui a depuis rejoint
ce qui me sert de table de nuit,

j’aime en lire des fragments avant de m’endormir…
© Pamela Pianezza

Le Fou, que je rechigne encore à appeler « La Folle », fatiguée d’avance par la charge hystérique que porte ce terme au féminin.

Dans le tarot en général et dans cet album en particulier, le Fou m’évoque Éloge du risque, livre aussi magnifique que son titre, d’une philosophe, psychanalyste et porteuse de torches partie beaucoup trop vite: Anne Dufourmentelle. Elle écrivait :

« Le risque est un combat dont nous ne connaîtrions pas l’adversaire, un désir dont nous n’aurions pas connaissance, un amour dont nous ne saurions pas le visage, un pur événement. Si le risque est cet événement, il est au-delà du choix, un engagement physique du côté de l’inconnu, de la nuit, du non-savoir, un pari face à ce qui, précisément, ne peut se trancher. Il ouvre alors la possibilité que survienne l’inespéré. »

Éloge du risque me suit partout depuis des années. Je déteste en être séparée et évidemment, je l’égare sans arrêt. (Il finit toujours par me retrouver.) Ce texte est une embrassade compréhensive et généreuse dans les moments d’inquiétude, voir, plus profondément, de blancheur, pour reprendre l’expression du sociologue David Le Breton dans Disparaître de soi : ces moments impitoyables où « l’on ne souhaite plus communiquer, ni se projeter dans le temps, ni même participer au présent ; que l’on soit sans projet, sans désir, et que l’on préfère voir le monde d’une autre rive ». 

Dans ces moment de questionnement ou d’incompréhension, il est une possibilité : celle d’entamer le Voyage du Fou.

On peut, au choix, partir du « monde visible » : un événement, un (grand) changement, un déplacement, une création à partir desquelles renouveler notre regard sur le monde – lointain comme quotidien… Ou bien démarrer l’aventure depuis notre intime invisible : en rêves – profonds ou éveillés – en prière, en contemplation, en cuisinant, en jardinant, en dessinant ou toute forme de ralentissement de la pensée susceptible de laisser de l’espace pour l’inconnu, la surprise, la flamme…

première / dernière carte du Tarot de Gulliver,
qui me rappelle que je ne suis ni la première, ni la dernière
à me perdre en chemin : tout va bien…
© Pamela Pianezza

Le Voyage… de Gulliver l’Aventurière propose une piste à suivre, avec comme fil rouge les 21 + 1 figures majeures du tarot : du Bateleur-magicien au Monde en passant par la sensuelle et charismatique Impératrice, le très sage Hermite, la redoutée Arcane sans nom ou bien l’Étoile et son shot d’espoir en intraveineuse.

Chaque arcane est porteur d’un message que nous connaissons et oublions sans cesse. Bien que la structure du récit soit connue des amateurs de cartes, il ne s’agit pas d’un voyage all inclusive stéréotypé. L’écriture drôle et percutante, les formes simples et l’intense noir et blanc de la plume de Gulliver nous plongent dans un océan de possibles narrations où chacun.e pourra transposer la sienne.

Précision : quand je parle de simplicité, je parle d’une épure choisie : Gulliver est une artiste brillante et inspirée (également enseignante en art et depuis peu, tatoueuse) dont je suis le travail depuis plusieurs années. Elle a d’ailleurs créé (entre autres) son propre tarot – le Tarot de Gulliver – et récemment illustré le puissant recueil poétique Chants de pouvoir, de l’écrivain mystique Julien Miavril.
Quand elle le décide (à moins que ses muses y soient pour quelque chose), Gulli-Julie manie la couleur dans une palette ancestrale, parfois presque pariétale, envoûtante. Elle nous embarque au cœur des bois, des grottes, des volcans, retrouver nos souvenirs, nos visages oubliés (Carl Gustav Jung évoquerait l’inconscient collectif, quand Joseph Campbell y verrait le voyage mythique du héros). L’expérience est toujours immersive.

Dans la bande dessinée de Gulliver, je reçois donc cette simplicité du trait et cette restriction au noir et blanc comme un geste généreux de l’artiste m’invitant à projeter ma propre trajectoire, mes questionnements plus ou moins existentiels entre les pages de ce voyage.


Son Fou n’a ni genre, ni âge : il est pur mouvement, pure aventure. Il me replonge dans cette série que j’adorais enfant : « le livre dont vous êtes le héros », où il ne tenait qu’à moi de trancher la tête du dragon et d’atterrir page 23 ou de l’inviter à boire le thé et de poursuivre page 56.


Je suis l’héroïne, vous êtes les héros de ce voyage du Fou que je vous souhaite d’entamer aussi souvent que nécessaire…

À bientôt,

Pamela

Pour aller plus loin…

  • Le Voyage du Fou au cœur du Tarot, de Gulliver l’aventurière, aux éditions Arcana Sacra
  • Le Tarot de Gulliver, aux mêmes éditions.

Une réponse à « Le Voyage du Fou, de Gulliver l’Aventurière : fil rouge intemporel… »

  1. […] la question du mouvement, de tout simplement « oser » vous travaille, mon précédent article sur « Le voyage du Fou » pourrait vous apporter matière à réflexion / […]

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